Plus un robinet ne coule dans la majorité des quartiers. La Régideso et le gouvernorat ne se sont toujours pas exprimés. Seuls les forages privés empêchent la ville de basculer
Plus de dix jours que les robinets de Kananga crachent du vide. Dix jours que la capitale du Kasaï-Central vit au rythme des bidons, des files interminables et des bassines économisées.
Pendant ce temps, aucune voix officielle ne s’élève. Ni la Régideso, ni le gouvernement provincial, ni les élus du Kasaï-Central n’ont daigné publier un communiqué, convoquer une conférence de presse, ou même annoncer un délai de rétablissement. Dans ce vide, les Kasaïens se tournent vers la seule solution qui tient encore debout : les forages privés.
De Nganza à Katoka, de Lukonga à Kamayi, le constat est le même. Les ménages ont vidé leurs fûts. Les vendeurs d’eau ont vu leurs prix grimper : 200, 300, 500 FC le bidon de 20 litres. Les bornes-fontaines de la Régideso sont devenues des monuments inutiles.
Comme nséquences, la santé est mise en danger : Impossible de se laver correctement, de nettoyer les maisons, de laver les enfants. Les maladies de peau et les diarrhées guettent; Plusieurs écoles ont réduit les cours faute d’eau pour les sanitaires. Au marché central, les vendeuses de beignets et de poisson braisé peinent à laver leurs ustensiles. Les structures sanitaires rationnent l’eau pour les urgences et les blocs opératoires. Le reste passe après.
Et face à cette situation, le silence des autorités fait mal. « On a l’impression que Kananga n’a plus de dirigeants », résume un habitant de Lukonga, debout depuis 4h du matin devant un forage privé.
Dans ce désert hydrique, seuls les quartiers équipés de forages privés s’en sortent. Des ONG, des opérateurs politiques ont investi. Aujourd’hui, leurs pompes font tourner la ville.
À Katoka, le forage d’une église évangélique attire chaque matin des centaines de personnes, bassines et bidons en tête. À Nganza, un opérateur économique a ouvert son installation au public. Résultat : des files de 100 mètres dès l’aube.
Mais cette solidarité a ses limites. Elle crée une nouvelle fracture : les quartiers sans forage doivent parcourir 3 à 5 km pour trouver une goutte d’eau. Et tout se paie. L’eau, bien public par excellence, est devenue une marchandise.
Le cas le plus alarmant reste la prison centrale. Privée d’eau depuis 10 jours et sans aucun forage privé, elle dépend uniquement des bidons amenés par les familles. Les organisations de défense des droits humains parlent sans détour de « traitement inhumain et dégradant ».
Cette pénurie n’est pas la première. Mais 10 jours de coupure totale sans la moindre communication officielle, c’est une première. Et ça suffit.
Les habitants veulent des réponses claires :
1. Quelle est la cause réelle de la panne ? Vétusté du réseau, manque de réactifs, délestage électrique, mauvaise gestion ?
2. Quelles mesures d’urgence pour les plus vulnérables ? Hôpitaux, écoles, prison centrale : qui va les ravitailler en attendant la réparation ?
3. Quel plan pour éviter que ça se répète ? Kananga ne peut pas continuer à vivre au rythme des coupures chaque saison sèche.
La résilience des Kasaïens force l’admiration. La solidarité, les forages privés, l’entraide entre voisins permettent à la ville de tenir. Mais cette débrouille ne doit pas cacher l’échec.
Garantir l’accès à l’eau potable n’est pas une option. C’est une obligation de l’État, inscrite dans la Constitution. Dix jours de silence, c’est dix jours de trop.
La Régideso/Kananga et la cellule de communication du gouvernorat n’avaient pas encore répondu à nos sollicitations au moment de la publication. Notre rédaction reste ouverte à toute réaction officielle pour informer la population.
La Rédaction/H7



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